Les Dossiers

50 ans du Gouessant

1975-1984: Les beaux jours de la nutrition animale

Après avoir démarré son activité par les légumes, Le Gouessant accompagne l’essor des élevages en développant la nutrition animale qui devient vite son cœur de métier. Évocation de cette période faste avec Francis Baudouard, président de la Coopérative de 1979 à 1995.

Comment votre aventure personnelle avec Le Gouessant a-t-elle commencé ?

francis-Baudouard

Francis Baudouard :
« J’ai assisté à l’assemblée constitutive de la Coopérative le 22 février 1964 à la mairie de Saint-René. À l’époque, j’étais aide-familial chez mon père. Nous avions une exploitation polyvalente avec des vaches, des porcs, des céréales, des haricots et des pommes de terre de sélection. Les agriculteurs du secteur étaient motivés pour créer des outils de proximité et trouver de nouvelles solutions pour leurs productions maraîchères. Un homme visionnaire les y a aidés. »

À qui faites-vous allusion ?

« La coopérative Le Gouessant doit beaucoup à son premier directeur, Jean Ruffet, et à ceux qui lui ont succédés depuis. Cet éclaireur a brillé par son dynamisme, son enthousiasme, son courage moral et physique. Il avait compris, avant l’heure, l’intérêt de répondre aux attentes des consommateurs, notamment en proposant des pommes de terre en petits conditionnements. Il a fédéré les administrateurs et les adhérents autour de ce projet innovant, en les amenant voir ce qui se faisait aux Pays Bas, dans la Somme… C’est ainsi que la production maraîchère s’est mécanisée. Le Gouessant s’est équipé de planteuses, butteuses, chambres froides… »

La seconde décennie de la vie du Gouessant a été marquée par l’essor de la nutrition animale.

« Incontestablement. Les fabrications d’aliments se sont développées au rythme de la création des élevages de porcs, de volailles de chair et de ponte. La section œufs a démarré avec une dizaine de jeunes adhérents qui ont créé des ateliers de 1 500 à 2 000 poules pondeuses puis, pour la plupart, un second poulailler 7 ans plus tard. La première usine d’aliments, construite à Lamballe en 1970, d’une capacité de 40 000 tonnes a vite été saturée compte tenu de l’arrivée de nouveaux adhérents attirés par le dynamisme de notre jeune coopérative. Tout le monde craignait la panne sèche pour cet outil qui tournait en 3×8. Il a été décidé la construction d’une nouvelle usine d’une capacité de 200 000 tonnes. Dans le même temps, des dépôts étaient créés au fur et à mesure de l’élargissement de la zone d’activité de la Coopérative. Quinze ans plus tard, nous étions de nouveau à l’étroit dans les murs de l’usine à Lamballe. L’opportunité de racheter les Établissements Piéto de Saint-Aaron s’est présentée en 1987. Nous avons ainsi pu consolider l’activité aliments, le stockage des céréales et développer de nouveaux services (bâtiment, environnement…). Autre événement important, la fusion en 1990 avec la CAPR qui nous a permis d’étendre la zone d’activité d’approvisionnement et de collecte sur l’Ille-et-Vilaine. »

Quelle était la nature des relations de voisinage dans la zone industrielle de Lamballe dans les années 70-80 ?

« Nous avons travaillé pendant 20 ans en bonne intelligence avec la Cooperl. Le groupement produisait et commercialisait des porcs, nous fournissions l’aliment aux éleveurs. Les relations ont changé le jour où nous avons appris que notre voisin allait se lancer dans l’aliment, devenant, par là-même, notre concurrent. Certains administrateurs communs ont été amenés à choisir leur camp. Ensuite, les deux coopératives ont grandi en coexistant malgré tout. »

Quel est l’un des premiers projets que vous avez concrétisé, avec votre équipe, au cours de votre mandat ?

« La création du laboratoire d’analyses pour l’autocontrôle de la qualité des matières premières et des produits finis. Le Gouessant a toujours excellé dans la fabrication d’aliments en se donnant les moyens de bien faire et de le prouver. C’est encore ce qui fait sa force aujourd’hui. »

Quels ont été les autres temps forts de l’évolution ?

« J’ai connu une époque où il y avait trois grandes calibreuses et une cinquantaine de personnes au centre de conditionnement de Lamballe. Ce centre névralgique préparait les expéditions d’œufs pour nos acheteurs. Et puis, les circuits de distribution ont changé avec le développement des grandes surfaces. Pour rester compétitifs, nous avons investi dans des centres de conditionnement pour nous rapprocher des grands centres de consommation. Nous avons également été tentés d’aller vers l’aval pour fidéliser nos adhérents et contribuer à la valorisation de leurs produits. »

Dans la filière porcine ?

« Non, car la Cooperl le faisait déjà et le faisait bien. Nous nous sommes engagés dans l’abattage et la transformation des volailles, notamment par une prise de participation au sein du groupe Bourgoin et du rachat de l’affaire Callis en Espagne. Nous avons appris, à nos dépens, les difficultés de ce métier qui n’était pas le nôtre…»

Qu’est ce qui fait, malgré ces « erreurs d’aiguillage », la force du Gouessant et sa pérennité ?

« La Coopérative s’est toujours attachée à répondre à ce que les agriculteurs attendaient. Elle a su communiquer avec ses adhérents, leur ouvrir ses portes, s’entourer des meilleures compétences, tant dans les productions végétales qu’animales où sa technicité et sa réactivité sont reconnues. Au-delà, les dirigeants de la Coopérative ont été guidés par l’esprit d’intérêt général. Le bilan d’une coopérative, c’est aussi et d’abord celui de ses adhérents. De fait, elle ne peut pas se laisser vivre. Elle doit s’adapter et se réinventer en permanence en se souciant de leur réussite. Cette stratégie au service des adhérents est encore poursuivie aujourd’hui. »

Propos recueillis par E. L.

Dates clés de cette décennie

1975 Échaudés par l’embargo sur le soja américain (1973) et par l’augmentation du prix des céréales (1975), les fabricants d’aliments de l’Ouest se tournent vers les produits de substitution : manioc, corn gluten feed, pulpes de betteraves, drèches…
1976 Fin de l’extension de la voie ferrée de la Coopérative qui permet de recevoir des trains complets de céréales (22 wagons de 60 tonnes chacun). Ouverture de la cantine à Lamballe et agrandissement des bureaux.
1978 Construction de l’actuelle usine d’aliments de Lamballe. Création de Qualimat, organisme commun aux opérateurs de la nutrition animale et à l’administration, en charge du contrôle des matières premières d’importation. Achat du dépôt de Trédaniel. Absorption de la coopérative du Gouët à Plaintel. Prise de participation dans des abattoirs de volaille : la Socadec à Lanvallay et Volridor à Pléme
1979 Extension du bâtiment de conditionnement des œufs et construction d’un dépôt à Saint-Glen. Constitution d’un groupement de producteurs de dindes.
1982 Développement de l’activité œufs avec l’acquisition de 2 centres de conditionnement d’œufs : le Val de Seille, à Louhans et la S.A. Dubois à Nancy. Création d’une plate-forme d’éclatement, la G.Dis (Gouessant Distribution), pour se rapprocher des centres de consommation. Crise avicole.
1983 1ère crise porcine. Incendie dans l’ancienne usine, bientôt suivi par la 1ère interdiction de fumer. Commercialisation des 1ères pommes de terre lavées. Naissance du Flash, le journal des salariés. L’assemblée générale des adhérents traite de : « La technicité : base d’un véritable contrat de progrès. » Un thème toujours d’actualité…
1984 Mise en place de l’intéressement au sein de l’entreprise.
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